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 On commence toujours à se dire adieu

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hanna
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MessageSujet: On commence toujours à se dire adieu   Ven 19 Sep 2008 - 23:09

La nuit s’est à peine entamée lorsque j’ouvre l’œil. Le regard terrifié, la bouche desséchée, le cœur agité. Mes nuits sont peuplées de monstres horribles. Des monstres, des fous, des meurtriers, de grandes souffrances. La peur toujours en trame de fond…la peur que la minute à suivre soit la dernière. Ces cauchemars n’ont rien d’extraordinaires, je n’avais pas encore trois pommes qu’ils me faisaient déjà prisonnière de mes nuits. J’ai toujours craint le sommeil, j’ai toujours craint mes réveils. La nuit ma tête hurlait l’horreur. Le jour l’horreur me rattrapait. Pendant longtemps j’ai espéré, pendant longtemps j’ai même prié : peut-être est-ce une nouvelle journée, peut-être qu’aujourd’hui maman ne sera pas blessée?

Arrive un temps ou espoir est vain, arrive un temps où l’on saisi. Le mal n’a rien de passager…aujourd’hui maman sera blessée. Aujourd’hui encore je devrai la réparer.

Je me réveille donc, secouée par les dernières images et je reprends mon souffle doucement.

Dehors la lune domine encore. Les chats errants se ruent vers les poubelles, les animaux sont maîtres du monde. Je me retourne sur mon flanc gauche, mes genoux coincés contre ma poitrine, le souvenir du mauvais rêve encore gravé dans ma jeune tête. Tous mes mouvements ont sans doute réveillé ma Dame, car elle se colle contre mon dos et m’enlace dans ses bras chauds. Je songe vraiment à m’excuser, mais le sommeil m’appelle déjà. Et puis il faut dire qu’elle y est habituée, chaque nuit j’affronte les mêmes démons.

Ai-je vraiment pu fermer l’œil quand sonne mon portable à mes côtés? J’ai l’impression que la minute d’avant je m’endormais, mais pourtant mon réveil affiche 5 heures.

- hanna-mey, fait sèchement Malika! Depuis quand laisses-tu ton cellulaire ouvert?!? Donne-le-moi immédiatement!

Je ne songe même pas à la contredire ou même à consulter l’afficheur, bien trop horrifiée par mon oubli. Alors que la troisième sonnerie s’entame je lui tends nerveusement l’appareil.

- Oui, allô.

Sa voix est dure, si j’étais l’autre personne au bout du fil je tremblerais…Quoi que je tremble déjà à ses côtés. Je conserve le silence, assise droite et immobile dans le lit en me contentant de fixer mes mains, honteuse et désolée.

- hanna est à mes côté, oui.

Je la vois se lever et je viens pour la suivre, mais sévèrement elle m’indique d’un claquement de doigt que je n’ai pas intérêt à bouger. Elle quitte la chambre et je demeure dans le noir, incapable de comprendre quoi que ce soit. Pourquoi quelqu’un utiliserait mon cellulaire si de toute évidence c’est à ma Maîtresse qu’il voulait parler? Le temps passe au compte-goutte et j’entends à peine des « oui, je comprends », des « hmmm hmmm », et des « je lui dirai » qui ne m’aident guère à figurer quoi que ce soit.

Quand elle revient, elle allume les lumières sans avertissement et je ferme les yeux en protestant silencieusement contre cette agression. Si je ferme les yeux, ma bouche, elle, ne demeure pas close.

- Maîtresse, je suis désolée. Vraiment! Je ne l’oublierai plus…

- Tais-toi! Tu as 5 minutes pour t’habiller et pour me rejoindre au salon. Pas une minute de plus! Et sans un mot!

Elle sort en coup de vent alors que je m’éjecte du lit. Malgré la lumière vive je tente d’ouvrir davantage les yeux et je saisis au hasard des vêtements dans ma commode. Alors que ma vue cesse d’être douloureuse je réalise que j’aurais pu mieux tomber. Le rose et le vert ne font pas un heureux mélange. Je ne veux pas risquer d’être en retard, alors je conserve cette drôle de tenue pour finalement me brosser les cheveux en vitesse et passer au salon

Mes mains sont froides alors que j’arrive devant elle. Froides et humides.

- Je vous jure que…

- Tais-toi! Tais-toi! Tais-toi! hanna-mey! Plus un mot!

Je ne comprends pas sa réaction. Mon oubli n’est pas si terrible. Je sais qu’il mérite d’être puni et j’accepte sans une seconde de doute. Mais je ne comprends pas l’intensité.

Je m’agenouille devant elle, fixant ses pieds nus sur le sol.

- hanna, tu vas me regarder dans les yeux. Et en silence, je ne veux rien entendre, tu m’entends?

Je hoche vivement la tête en rencontrant son regard. Je ne peux rien y lire, je peux rarement la deviner si facilement.

- Tu m’entends, me répète-t-elle en haussant le ton?

- Oui, Maîtresse.

Ma voix est brisée, presque, sous le poids de la peur. Ma Dame est tendue, nerveuse, à bout de nerf.

- Tu vas m’écouter sans rompre le contact, hanna. Tu vas m’écouter en silence, jusqu’à ce que j’aie terminé, compris?

- Oui, Maîtresse.

Cette fois-ci j’utilise ma voix, même si tremblante. Je sens que jouer avec sa patience serait vraiment une sotte idée. Vraiment!

Elle respire profondément et je voudrais faire cesser le temps. Sa réaction n’a rien de normal, toute cette mise en scène n’a rien d’habituel.

- C’était ta marraine au téléphone, hanna…

Elle avale difficilement et je peine à faire des liens. Pourquoi prend-elle la peine de me dire qui appelait avant de déverser sur moi son mécontentement? Pourquoi prend-elle simplement le temps de parler alors qu’en temps normal elle serait déjà en train d’abuser la tendre peau de mes fesses blanches? Je demeure silencieuse malgré tant de questionnements.

- Ta marraine vient d’être contactée chez elle…hanna, regarde-moi toujours, me remémore-t-elle en mettant sa main droite sous mon menton et en prenant ma main droite dans sa gauche. hanna, l’hôpital a appelé…ta mère…ta mère est décédée.

Je la fixe, muette, alors que les mots s’imprègnent douloureux dans ma tête. Maman? Décédée? Bien sûr que non! Je l’ai vue hier, ma mère. Nous rions encore sur ses 48 ans qui n’en paraissent pas 35. Nous parlions de l’été qui promettait d’être humide. Des fleurs qu’elle voulait acheter. De mon frère qui la faisait rager. Des photos de mon enfance qu’il faudrait bien trier. Je secoue la tête sèchement et je tente de me lever. Je vais l’appeler, ma mère! C’est une erreur! Une bien cruelle erreur! Des Paule-Anne il doit bien en exister des milliers!

- hanna, tu restes en place! Regarde-moi, continue-t-elle en serrant doucement ma mâchoire. Ta mère est décédée,…hanna…ton père l’a tuée…hanna, je suis désolée.

La réalité me rattrape finalement et mon corps répond à la douleur de mon âme. Je tremble de toutes les fibres de mon être et de mes yeux s’écoulent de grosses larmes malhabiles.

- Parles-moi, hanna, ordonne-t-elle doucement. Maintenant, parle-moi!

Je demeure silencieuse, le regard vague toujours plongé dans le sien. Elle se précipite au sol à mes côtés et elle ne rompt pas le contact visuel. Mais je ne la vois pas, je ne la vois plus, je ne vois plus rien…que l’infinie blessure de mon cœur. Je pleure doucement la rage qui me consume. De ces larmes presque vides. Je n’ai jamais su vraiment pleurer.

- hanna, ma petite hanna, parle-moi, fait-elle de sa voix désespérée!

Je ne l’entends plus, je respire à peine, mon corps comme comprimé sous des tonnes de souffrances. L’étendu de l’horreur se précise de seconde en seconde et je contemple, amère, le gouffre qui s’ouvre sous mes pieds.

« Tu me tueras…si tu t’en vas…Simplement…si-tu-t’en-vas! »

J’entends encore maman fredonner cela, j’entends son cœur qui se tordait à l’idée de me perdre et en écho le mien qui lui répondait qu’il n’y aurait jamais de lendemains solitaires. À jamais nous serions deux…À jamais…

Je tremble et tremble encore en pleurant tout mon mal. Ce mal qui lentement me fait perdre la tête.

- hanna, je sais que tu as mal, ma douce, je sais. Cesse de combattre tes larmes, cesse de faire la forte. Parle-moi!

J’ouvre la bouche, mais aucun son ne se frappa à l’air dense. Mes lèvres remuent impuissantes, mon visage déformé par le mal et mes larmes régulières qui inondent mon paysage. Et puis, comme prise de folie, je sens ma grimace douloureuse se transformer en rictus. Et je ris et je ris. Je ris fortement, comme une démente.

Ma Maîtresse me secoue fortement en me disant des mots que je ne saisis pas. Elle n’est qu’illusion dans ce monde cauchemardesque. Illusion que je perds peu à peu. Illusion qui s’estompe pour me laisser dans ma folle noirceur, au travers de mes rires, de mes larmes, de ce tumulte qui m’use peu à peu.

Maman. Maman. Maman. Maman…mamanmamanmaman.

Une douleur sur ma joue gauche me saisit quelque peu, juste à temps pour voir Malika relever la main sur moi. Elle gifle à nouveau mon visage et mes rires cessent brusquement.

- Parle-moi, hanna, reste avec moi! Parle-moi je t’en prie!

Je la regarde étrangement, coincée dans ma misère. Quand elle me frappe à nouveau j’éclate en sanglots et je ramène mes jambes près de moi.

- hanna…

Ce simple mot en supplication.

- Maman?

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MessageSujet: Re: On commence toujours à se dire adieu   Ven 19 Sep 2008 - 23:09

Je me berce régulièrement alors que je perds le contrôle de mes larmes. Et je réalise le drame en regardant finalement ma Dame. Son regard dévasté, sa douleur, son impuissance. Elle a tenté de faire la forte, la toute puissante, usant son autorité pour garder le contrôle. Utilisant ses moindres forces pour en avoir pour deux. Je me lance dans ses bras en continuant de me bercer. Les minutes ont pu passer. C’était peut-être aussi des heures. Quand je me relève finalement je dois certainement avoir un air étrange. À un pas de la folie, à deux de la démence…Collée au désespoir…voulant mourir, devenir ange.

- Je veux avoir mal, dis-je enfin en suppliant ma Dame du regard.

Je ne veux pas voir ma famille, je ne veux pas parler, je ne veux pas contacter un ami. Je veux souffrir. Fortement, totalement, jusqu’à croire en perdre la tête. Ma requête n’a rien d’une simple demande, je la supplie avec le désespoir de ma misère, avec toutes mes énergies restantes.

- Non hanna, soupire-t-elle. Je ne te laisserai pas anesthésier ta douleur. Quand tu m’auras parlé, quand tu auras exprimé ce que tu ressens, quand je saurai que tu ne retiens pas tout à l’intérieur, tout contre toi, alors je vais songer à t’aider à gérer ta douleur. Mais tu ne peux pas fuir, hanna. Pas cette fois. Je ne te laisserai pas fuir!

Il y a une conviction profonde dans ses paroles et je ne peux faire autrement que paniquer. Je reprends mes gestes répétitifs en me berçant lentement, fredonnant un air que ma mère chantait. Je lui en veux atrocement. Elle ne comprend pas, elle ne peut pas comprendre, le monde entier n’y saisit rien. Je refuse vivement ses bras qui veulent me prendre doucement, bien trop doucement, je refuse l’amour et le confort, je veux qu’on s’en prenne à moi avec la même force que le destin s’en est pris à ma vie.

Elle soupire doucement et elle demeure à mes côtés. Je n’en peux plus de cette pression. Je n’en peux plus, le mal me tue et c’est d’un mouvement naturel que j’approche mon bras de ma bouche pour me mordre. Mes dents lacèrent ma peau fortement. Des morsures qui s’enlignent, des morsures qui signent peu à peu l’arrêt de mes larmes.

- hanna-mey, non! Comment oses-tu te faire mal devant moi? Comment oses-tu le faire tout simplement? S’il faut que je t’attache je vais le faire! Tu ne fuiras pas petite soumise, pas cette fois!

Mes mains collées contre le sol, retenues par les siennes, je sens mes émotions prêtes à rejaillir. Je ne me suis pas suffisamment blessée et quand j’y pense…pour vraiment me soulager ne me reste-t-il qu’à me tuer?

- Toute ta vie tu as affronté les drames en fuyant! L’alcoolisme de ton père, sa violence, celle des hommes par la suite, les agressions, les menaces…Pas cette fois! Crois-moi tu vas faire face. Je ne te laisserai pas t’enfuir!

Sa dureté. Son assurance. Sa constance. Comme des bouées dans mes tourbillons. Le monde peut bien être de travers, elle demeure la même.

- Maman, fais-je dans un murmure accroché à l’horreur…

- Je sais, hanna, je sais, me dit-elle en me prenant contre elle.

J’ai envie de souffrir, j’ai envie qu’on abuse mon corps pour en laisser que la forme odieuse. Pourtant mes envies ne pourraient pas être plus vaines. Sa douceur brûle ma peau, mais je tente de me laisser aller. Entre mes tremblements je sens naître mes sanglots. Ma Maîtresse sait, tout autant que moi, que je ne pourrai pas exprimer l’entièreté de ma détresse, mais elle désire que j’affronte le mal à mains nues. La douleur explose sous la force des émotions et je demeure dans ses bras à pleurer en silence. Je voudrais hurler, croyez-moi, mais je suis impuissante, je suis l’otage de mon âme en souffrance.

J’ai dû m’endormir dans ses bras, car lorsque j’ouvre l’œil je suis à même le sol aux côtés de ma Maîtresse. Elle n’a pas quitté mon chevet, elle a dormi près de moi, sur l’inconfortable plancher. Ce constat me perturbe à peine car bien rapidement je me remémore ce que la nuit a fait naître. Malika s’est réveillée et avant même de la saluer je me surprends à gémir.

- Je veux avoir mal, Maîtresse, je vous en prie…

Son soupire en dit long. Un découragement auquel se mêlent la compréhension et l’impuissance.

- Va revêtir un caleçon et un gilet, hanna. Reviens me voir après

Je me précipite dans la chambre, empressée de me retrouver sous la force de ses mains, impatiente de sentir ma douloureuse tête se vider, impatiente d’être libérée. J’enfile un caleçon et un gilet noirs et je retourne vers elle. Je ressens déjà l’accalmie imminente, le soulagement, la libération.

- Safe, sane and consensual, hanna. Nous n’avons aucun des trois car je n’approuve pas ta requête.

J’ai envie d’argumenter, mais je n’ai pas la force, trop d’énergie s’use à survivre encore.

- Prends ce riz, hanna et mets-le sur la céramique devant le miroir de l’entrée.

Je m’exécute rapidement. Je suis prête à tout, pourvu qu’elle me frappe et me laisse en morceaux, hurlant mes déboires, pourvu qu’elle me permette d’extérioriser ce qui me ronge.

- Agenouille-toi sur le riz maintenant et regarde-toi dans la glace. Si je te vois baisser le regard ou fermer les yeux tu cesseras la séance sur le champ. Tu vas regarder ton mal en face, tu vas en connaître toutes ses formes. Ce sera ta seule chance d’avoir mal pour aujourd’hui. Profites-en bien.

Elle tire une chaise à quelques pas derrière moi et elle s’y installe alors que je me laisse tomber lentement sur mes genoux. Mon visage je le vois à peine. Je tente de regarder au-delà, je tente d’échapper à ce que signifie être moi.

- Ce sera ton seul avertissement, hanna-mey! Tu te regardes adéquatement!

La berner n’est jamais une option réalisable ou même souhaitable. Alors je regarde ma forme qui se concrétise peu à peu. Un regard affolé que les larmes ont ravagé. Un teint cireux, presque délavé. Une expression d’une intensité que je ne me suis jamais vue.

Je résiste avec force à l’envie de regarder par-dessus mon épaule, pour trouver réconfort dans les yeux de Malika, je résiste en tremblant presque. Voir mon visage impassible, ce reflet de l’immobilisme émotionnel qui me retient depuis des années sous des kilomètres de glace. Tout aurait été si simple si elle s’était contentée de me torturer, de me faire gémir, de me pousser à bout. J’aurais éclaté en sanglots rapidement et j’aurais hurlé mes années de déboires. Mais au lieu de cela je suis condamnée à me dévisager la honte, à n’être que moi devant cette glace, moi avec tout le poids de ce que cela implique. Mes genoux sont rapidement endoloris par le riz qui y pénètre, mais je ne pourrais pas en être davantage indifférente.

- Pourquoi, Maîtresse?

- hanna…je sais ce que tu désires. Mais je ne vais pas te l’offrir. Tu vas affronter ta douleur, je t’ai déjà promis cela. Tu ne seras pas seule, je t’accompagnerai, mais tu le feras. Tout au long du prochain mois, je prendrai congé et je resterai à tes côtés. Quand tu ressentiras le besoin d’avoir mal, tu viendras à moi avec le plat de riz et nous nous dirigerons exactement où tu te trouves actuellement. Tu prendras place sur le sol et tu combattras ce qui te torture. Je ne vais pas être l’outil de ta fuite. Éventuellement, après quelques semaines, je quitterai la maison pour quelques courtes réunions que je n’ai pas pu reporter. À ce moment tu resteras seule avec toi-même et tu devras gérer tes crises. Si l’envie de te faire mal te prenait pendant mon absence tu aurais à attendre mon retour et je t’accompagnerais dans ta démarche. Si tu sens incapable d’affronter une crise avant mon départ tu me demanderas de t’attacher.

Je respire difficilement, ses paroles oppressent mon âme d’une manière obscène. Je me sens à deux pas de faire naufrage, je me sens seule au monde, je me sens désœuvrée. Et je dois me concentrer fortement pour conserver mon regard ancré dans ce reflet qui se décompose.

- Si après ce mois je constate que tu n’es pas prête à reprendre sainement à jouer, hanna, je vais suspendre cette partie de notre relation. Lorsque nous jouerons à nouveau, je t’assure que ce sera par plaisir et non par besoin. Maintenant je vais me taire et tu vas en faire de même. Tu vas te concentrer sur ce que tu ressens et faire face.

Je me regarde désespérément tenter de comprendre cette horreur que j’ai entendue. Passer au travers? Faire face? Faire un deuil? Je ne pourrai jamais. Je suis faible, je suis sotte, je suis hanna…l’a-t-elle oublié?

Il se passe d’innombrables minutes où le silence pèse fortement. Des minutes où je laisse ma tête me hurler toute la laideur de mon tracé.

Un flash cruel, un corps, du sang, un tendre berceau, ma mère mourante. Un homme qui tue, un homme qui frappe, qui pousse, qui hurle. Un inconnu, forçant mon antre, brouillant ma chaire, me faisant viande. Un amoureux, tuant l’amour, brisant un cœur pourtant en miette. Le sang, la mort. La honte, mon sort. Je désespère, je veux souffrir et pourtant je me regarde demeurer en place. Une larme scintille dans mon œil gauche, une larme qui ouvre le passage aux autres. Affronter ma douleur, ma détresse, mon chagrin, l’affronter à mains nues, combattre sans fin.

Je m’épuise sur le sol à déverser mes souvenirs. Comme une cassure dans mon âme, la perte de tout contrôle, l’avalanche de mes larmes. Je ne retiens plus rien, je ne peux plus le faire. De nombreuses minutes oui, qui ont formé des heures, à pleurer en silence, à tant mouiller le sol que les grains de riz de détrempent et rendent le sol visqueux.

La douleur, en apogée, celle de mon cœur étrangement dépassant celle de mon corps. Je ne me vois même plus dans le miroir, mes larmes me confinant à l’ombre. Et je m’effondre sur le sol en hurlant à m’en rompre la voix. Je ne sens même pas ma Maîtresse me rejoindre, je ne sens même pas sa main sur mon épaule. Je confronte une armée de souvenirs cruels et j’accepte, pour la première fois de n’y pouvoir rien. Une petite fille, minuscule, un enfant maltraité, une femme sanglotant sur un sol glacé.

Après que les cris et les pleurs se soient murés au silence, je recouvre mon air vague, comme vidée, comme en transe.

Ma Maîtresse m’embrasse délicatement le front en murmurant près de moi :

- Je suis fière de toi, ma petite hanna. Si fière de toi.

Je ne réagis point, épuisée au-delà de toute conception. Et je ne peux quitter mon regard que me retourne toujours le miroir. Et je peux jurer que dans ce regard, on ne fera plus jamais miroiter la mort.

Moi, hanna, je serai une combattante.

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MessageSujet: Re: On commence toujours à se dire adieu   Sam 20 Sep 2008 - 7:35

Quelle intensité dans ce récit... j'ai souffert, j'ai pleuré, j'aurais pu hurler avec hanna...

Bien sûr, fleur, cette histoire est d'une tristesse indescriptible, mais quel talent tu as! Celle-ci a dû te demander beaucoup...

Merci infiniment de la partager avec nous... voir un tel malheur, une telle souffrance, ça rend tout ce qui est beau et bon encore plus beau et bon...

Merci de me faire réaliser que mes petits malheurs ne sont, en définitive, que des broutilles pratiquement sans importance...

Merci de rendre le soleil plus brillant, de me faire apprécier chaque petit geste, chaque petit sourire comme un trésor qui m'est offert aujourd'hui...

Vraiment, merci fleur...

P.S. S'il y a la plus petite part de vérité dans cette histoire, sache que je compatis vraiment avec toi...
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MessageSujet: Re: On commence toujours à se dire adieu   Sam 20 Sep 2008 - 8:36

Merci fleur de nous partager cette intensité. Tes récits sont vibrants.

J'ai ressentie une grande compassion pour la petite hanna et même si je lui souhaite moins de combats dans l'avenir, elle aura toujours cette étoffe de combattante et c'est heureux qu'elle commence à y croire.

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MessageSujet: Re: On commence toujours à se dire adieu   Sam 20 Sep 2008 - 11:04

Ton talent ne cesse de m'impressioner!

Ce hanna est une merveille en soi...

Tu as réussie a nous transmettre toute cette tristesse qui envahie hanna, toute cette confusion qui envahie une personne lorsqu'elle apprend qu'un proche décede... et aussi toute l'humanitée de Malika...

C,est vraiment merveilleux le talent que tu possede pour l'écriture, et j'espere vraiment que l'écriture te rapproche d'une libération émotionnelle!


ET OUI j'ai eu les yeux pleins d'eau! Ha ces maudits hommes!!!!!

Lache pas! ce que tu fais est exceptionnel!!

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MessageSujet: Re: On commence toujours à se dire adieu   Sam 20 Sep 2008 - 22:14

Il m'a fallut la journée entière pour me remettre émotionnellement avant de pouvoir t'écrire.

Ton histoire est venu me chercher au plus profond de mon âme. En lisant, je pouvais presque sentir l'état d'âme d'hanna.

J'ai revécu des pertes de personnes qui m'étaient chères, ainsi qu'une gamme d'émotions qui approchent de celles de hanna.

J'ai pleuré en te lisant (je l'ai même relu 3 fois).

Encore une fois, tu as su rendre ce récit d'une humanitée troublante. Je n'ose imaginer la force que cela ta prit pour l'écrire.

Ne lâche surtout pas l'écriture...car à chaque récit, tu réussis à nous amener sur de nouveau sommet.
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MessageSujet: Re: On commence toujours à se dire adieu   Mar 23 Sep 2008 - 18:32

Comme je ne peux supprimer moi même mes messages, vous n'y retrouverez que cette ligne:

-Je ne veux pas être associée, de près ou de loin, avec le dojo puisqu'il endosse des porpos illégaux et très dangereux.


Dernière édition par retive le Dim 8 Mar 2009 - 16:26, édité 1 fois
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hanna
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MessageSujet: Re: On commence toujours à se dire adieu   Ven 26 Sep 2008 - 6:42

j'avais fait une longue longue longue réponse. Mais le méchant serveur a tout fait planter et je l'ai perdue!

Alors je vais tenter de tout reprendre du début...voyons voir.

ticoeur: je te remercie sincèrement! En fait cette histoire fut plutôt aisée à écrire. L'inspiration allait bon train, je dois dire que c'est la relecture qui m'a fait atrocement mal et j'ai dû m'y reprendre à quelques reprises pour en venir à bout. Tu sais...je ne crois pas que tes malheurs ou quelconques malheurs soient sans importance..je dis souvent que la douleur ne se mesure pas et ce qui me fait pleurer pourrait laisser d'autres personnes indifférentes. Mais si tu es comme moi...en regardant des choses plus difficiles que d'autres traversent et bien tu te dis que "ça aurait pu être pire"... Merci à toi de me lire!

Eisa: Oui, hanna doit commencer à croire en sa force, c'est le départ de toute chose, tant qu'elle se considère comme une victime impuissante elle ne pourra rien pour elle-même! Merci infiniment de ton soutien!

Monsieur Mastermind:j'ai vraiment voulu démontrer le sentiment puissant de la perte, cette confusion qui nous prend d'assaut...cette puissante douleur et en même temps tout cet irréalisme. je dois avouer que je suis heureuse que Vous soyez venu les yeux plein d'eau, sans vouloir être insolente, hihi. j'adore susciter ce genre de réactions car je me dis que j'ai alors bien réussis à faire ressortir ce que je désirais! Merci à Vous!

Larmes d'Or: et bien que dire ? Sinon un incroyable, gigantesque merci! je suis bien heureuse d'être enfin parvenue à faire transparaître ce que je désirais. j'ai essayé à maintes et maintes reprises de toucher cette profondeur, cette douleur, mais sans succès...faut croire que ce soit-là j'étais inspirée!

retive:je te remercie retive. C'est effectivement difficile de savoir quoi dire suite à un tel récit, honnêtement je serais sans doute demeurée sans voix. merci à toi|

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MessageSujet: Re: On commence toujours à se dire adieu   Dim 7 Déc 2008 - 11:24

Cette histoire est un pur chef d'oeuvre. Même pour quelqu'un qui ne fait, comme moi, qu'effleurer l'univers BDSM.
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MessageSujet: Re: On commence toujours à se dire adieu   Lun 8 Déc 2008 - 20:32

Oui c'est une belle histoire, et super bien naré.

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Il faut réveiller sa véritable nature !!
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hanna
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MessageSujet: Re: On commence toujours à se dire adieu   Jeu 11 Déc 2008 - 14:07

je Vous remercie infiniment à tous les deux! Vos bons mots me touchent sincèrement!
hanna la rouge

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On commence toujours à se dire adieu

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